« Elevé avec deux mères » : le témoignage de Robert

Bobby : « FRANCAIS, RESTEZ FIDELES A VOTRE HISTOIRE »

Les enfants élevés par des couples de même sexe ont un chemin difficile devant eux – je le sais car j’en suis un. Ils en arrivent à se sentir eux-mêmes coupables de leur situation, cette pression leur est difficile et ils se sentent étranges.

Mon enfance

J’ai été élevé par ma mère, que j’aimais beaucoup, et son amante, entre 1973 et 1990. Elles avaient chacune leur propre maison dans la ville, mais pendant les week-ends, elles passaient leur temps ensemble, avec moi, dans une maison-caravane discrète située dans un parc à 50 minutes de la ville où nous vivions. Étant le plus jeune des enfants biologiques de ma mère, je suis le seul enfant qui ait passé son enfance sans aucune présence de son père.

Une fois les enfants de l’amante de ma mère partis à l’université, celle-ci a commencé à habiter chez nous à la ville. J’ai vécu avec toutes les deux pendant un petit moment jusqu’à la mort de ma mère, à l’âge de 53 ans. J’avais alors 19 ans.

Etre un enfant de parents gays m’a posé beaucoup de difficultés. Ce n’est pas à cause des préjugés des voisins car les gens de notre ville ne savaient pas vraiment ce qui se passait chez nous : d’après eux, j’étais un élève bien éduqué, bien formé, ayant des bonnes notes à la fin de mes études au lycée.

Cependant, intérieurement, j’étais perdu. Quand votre vie à la maison est si différente de la vie des autres, d’une manière si fondamentale au niveau des rapports humains, on devient bizarre. Je n’ai pas de maladie psychologique ni de problème biologique. Je n’ai eu qu’une enfance dans un foyer si atypique que j’étais destiné à être toujours socialement exilé.

Les gens de mon âge, eux, ont appris dans leur enfance toutes les règles non écrites de comportement et le symbolisme des gestes dans leurs familles.
Ils comprennent ce que l’on doit dire dans telles situations, et ce qu’il ne faut pas dire. Ils ont observés les habitudes traditionnellement masculines ainsi que celles traditionnellement féminines.

Même si les parents de mes collègues étaient divorcés (le cas de beaucoup d’entre eux), ils avaient pu voir, pendant leur jeunesse, des exemples typiques de relations hommes et femmes.

Des hommes ils ont appris la force, des femmes ils ont appris la douceur. Ce sont des stéréotypes, bien sûr, mais les stéréotypes peuvent être utiles quand on quitte la sécurité de la maison d’une mère lesbienne pour aller travailler et survivre dans un univers où tout le monde suit des manières de vivre stéréotypées, y compris les gays.

Moi, je n’avais eu aucun exemple masculin à suivre. Mes mères n’étaient ni comme les pères habituels, ni comme les mamans habituelles.

Donc mes gestes envers des amis potentiels aussi bien hommes que femmes n’étaient pas bien compris. Je manquais de confiance et je n’étais pas sensible aux autres. Il m’était difficile de me faire des amis et ceux que j’ai pu avoir se sont éloignés assez rapidement de moi. Je n’en ai pas plus aujourd’hui.

Les gays qui ont vécu leur enfance dans leurs familles hétéros ont souvent souffert à cause de leur sexualité, mais, au moins, quant à l’univers d’adaptations sociales hors de la sexualité – savoir agir, parler et comment se comporter – ils profitaient de ce qu’ils avaient appris chez eux. Beaucoup de tels gays ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont eu d’être élevé dans un foyer traditionnel…
La vie à la maison ne suivait ni de traditions, ni de conventions. J’en ai souffert pour des raisons qui sont difficiles à classifier pour les sociologues.

Souvent nerveux mais aussi brusque avec les autres, je paraissais anormal même dans les yeux des adultes gays et bisexuels. Même les homosexuels m’ont perçu comme bizarre, tout comme les hétéros.

La vie est dure pour un mec étrange. Souvent je ressens que je ne comprends pas les autres à cause de leur manières d’agir basées sur les genres que tous autour de moi, hétéros et homos, prennent comme un fait accompli sans se rendre compte que pour moi c’est tout un mystère.

Je suis travailleur et j’apprends les choses rapidement, mais j’ai eu des difficultés dans mes différents emplois parce que mes collègues me trouvaient bizarre.

Quant au comportement sexuel, les gays élevés chez les couples traditionnels ont profité, au moins, de voir les rites typiques de romance et d’amour autour d’eux. Moi, j’étais maladroit quand j’essayais de faire la connaissance de filles. Quand j’ai quitte la maison de ma mère, j’étais tout de suite vu comme une personne étrange à cause de mes manières féminines, mes vêtements sots, et mes folies.

J’étais vierge quand je suis allé à l’université. Au lycée, je n’ai jamais pu trouver de petite amie. À l’université, tout le monde me prenait pour gay et le groupe LGBT est tombé sur moi tout de suite pour m’informer que j’étais homosexuel, sans aucun doute.

Quand je me suis déclaré bisexuel, ils ont dit à tout le monde que j’étais menteur parce que j’avais trop peur de me déclarer gay ouvertement. Effrayé et triste après la mort de ma mère, en 1990, j’ai quitté l’université et je suis rentré dans ce qui ne peut s’appeler que le souterrain gay. Là j’ai vu et vécu des choses affreuses.

Bisexuel à l’âge adulte

A l’âge de 28 ans que je me suis trouvé subitement lié à une femme. Je me décris comme « bisexuel » parce qu’il faudrait un long roman pour expliquer comment j’en suis arrivé à une vie « hétéro » après avoir vécu 30 ans en tant que gay. Je ne veux pas non plus subir les attaques par les activistes gays qui aiment chercher et détruire les « ex-gays, » « closet cases, » ou « homocons ».

Une fois que je suis devenu père, j’ai choisi de quitter la vie gay, de ne jamais divorcer ma femme ou faire couple avec quelqu’un d’autre, soit femme ou homme. Je l’ai choisi pour protéger mes enfants contre des drames qui leur nuiraient, même plus tard comme adultes.

Les parents se posent des questions morales concernant le bien de leurs enfants… pour toujours. Je garde fort dans mon coeur la mémoire de ma mère. Elle a fait beaucoup de bonnes choses pour moi, mais en même temps, je veux parler franchement des difficultés que j’ai eu à traverser après avoir été élevé par un couple du même sexe.

La plupart des parents LGBT sont comme moi. Mais les bisexuels sont les oubliés de LGbT. Nous avons des enfants parce que nous avons aussi fait l’amour avec l’autre sexe. C’est compliqué quand on a conçu un enfant en ayant des relations sexuelles avec le sexe opposé, tout en ayant toujours un désir pour le même sexe !

Mes réflexions

J’ai passé ma vie à essayer de comprendre et débattre de la question gay. La première personne qui m’a contacté pour me remercier de mon point de vue sur le sujet a été Mark Regnerus, dans un courriel le 17 juillet 2012. Je n’étais pas inclus dans son étude considérable, mais il a aperçu un commentaire que j’ai laissé sur Internet et il m’a écrit pour m’en demander plus.

En 40 ans, personne n’a voulu – y compris les activistes gays – que je parle des vérités compliquées de ma vie gay : pour cette raison Mark Regnerus mérite le respect et les gays devraient l’apprécier au lieu d’essayer de le réduire au silence. Aujourd’hui, je vois avec une tragique ironie que les activistes gays veulent ignorer la vie de personnes comme moi…

En fait, les parents bisexuels menacent la rhétorique de l’homoparentalité, car nous avons le choix de vivre en tant que gays ou hétéros, et il nous faut décider l’environnement sexuel du foyer où nos enfants seront élevés.

Il y a des gays qui croient que les bisexuels ont une vie plus facile, mais en vérité, nos soucis sont plus lourds. A la différence des gays, nous ne pouvons pas dire que nos décisions ont été forcées par la nature. Nous ne pouvons que prendre la responsabilité de ce que nous faisons en tant que mères et pères. Nous vivons avec un sentiment de culpabilité, de regret, et de critique de nous-mêmes pour toujours.

De plus, nos enfants n’arrivent pas sans un fardeau légal. Bien que je sois bisexuel, je suis un homme qui ne peux pas jeter dehors la maman de ma fille comme un ancien incubateur qui ne marche plus. J’ai dû aider ma femme pendant les difficultés de sa maternité, et sa tristesse après la naissance. Quand elle fait face à la discrimination à l’embauche contre les femmes, il me faut être patient et l’écouter. Son plaisir sexuel m’importe.

Que l’homosexualité soit choisie ou naturelle, ou que le mariage gay soit légal ou pas, un enfant de parents gays a une vie difficile.

Envoyé par Robert Oscar Lopez

2 comments on “« Elevé avec deux mères » : le témoignage de Robert

  1. Rocher Pierre dit :

    Bravo pour votre témoignage qui me semble sincère, et merci Robert,ce récit nous aide beaucoup à réfléchir. de la complexité de ce problème;Je souhaite que ceux qui ont des responsabilités ne les prennent pas par idéologie mais qu’ils agissent pour le devenir d’une société harmonieuse

  2. kamo dit :

    Victimisation, nombrilisme et préjugés ne seront jamais être à la base d’une réflexion sur un sujet aussi difficile.

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