Franck : « On m’a volé la parole »

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« On a volé ma parole »

C’est la première chose qui m’est venue à l’esprit quand le projet de la Loi Taubira a été massivement médiatisé.

Il semble que ce soit le ressenti de nombreux homosexuels, même si nous n’avons pas tous la même conception de la manière de combattre cette loi. À l’évidence, l’hégémonie médiatique de la LGBT maintient le couvercle sur les opposants homosexuels. Quant à la « Théorie du Genre », la réalité devrait pourtant s’imposer : personne ne devient homosexuel, on « nait » homosexuel sexué dans la grande majorité des cas. Il faudrait éviter de prendre les exceptions pour des généralités…

Je me présente, Franck, 40 ans, infirmier et en couple depuis 10 ans. En couple pour l’amour et pacsé pour les formalités et la fiscalité (qui est une des clés du succès du PACS, ne nous leurrons pas).

Depuis le PACS, j’ai l’impression que les hétéros sont très préoccupés par notre bien-être à nous, « les gays ». Je m’explique : la plupart de nos amis sont des couples hétéros avec enfants (je les qualifierais assez justement de bobos). Mon pacsé et moi avons souvent droit à cette question, presque en reproche : « Les enfants, vous n’en voulez pas ? » En vérité si vous saviez, on supporte les vôtres, c’est déjà assez dissuasif ! Sérieusement, ne paraissent-ils pas presque conservateurs ces hétéros, à vouloir que chaque individu fasse des bébés !  Non, nous n’avons pas de désir d’enfant, et nous estimons surtout ne pas en avoir éthiquement le droit. Rester un couple sans enfant, je dirais que c’est presque une preuve d’amour supérieure. Pour nous consoler, nous avons notre chat. Oui, évidemment que cette question je me la suis posée, j’y ai réfléchi quelques temps. J’aurais aimé transmettre « quelque chose » à ma mort mais j’ai compris que ce que je veux transmettre est impalpable, de l’ordre du message, du passage. Cette transmission, ma moitié n’y pense même pas.

Aucun contrat n’y changera rien

Avouons-le, le PACS apporte une certaine respectabilité. Parfois, j’ai droit à cette autre question angoissante : « Tu es seul ? ». Je me retrouve (honteusement, je le conçois) à répondre : « Non, je suis pacsé ». Être pacsé, c’est rester neutre et respectable puisqu’après tout, une majorité de pacsés sont des couples hétérosexuels. J’élude. Toujours pas question de faire son « coming-out » avec n’importe qui. Et je crains qu’aucun contrat au monde n’y change rien.

Alors, certains me diront que le mariage gay a permis à la jetset homosexuelle de s’afficher dans les magazines people. Quelle avancée ! Pour moi le mariage gay n’a rien changé, il m’a même dérangé…

Mon ami est agnostique et pourtant, pas plus que moi, il ne rêve de se marier. Le sujet ne le préoccupe simplement pas.

Moi, je suis ce que j’appelle de culture chrétienne et de nature croyante. La loi Taubira m’a mis en opposition, moi citoyen homosexuel, à des millions de chrétiens dont la sensibilité a été profondément heurtée. Bien que je n’aille pas à la messe, la violence à laquelle j’assiste depuis la gouvernance de nos deux derniers présidents me blesse profondément. Je suis blessé en temps qu’électeur parce que je me sens trahi; en tant que gay parce qu’on a parlé en mon nom, et en tant que chrétien modéré parce que mes convictions s’opposent au programme Mariage Gay/Théorie du Genre.

Je suis intègre quand j’affirme que je suis homosexuel et croyant. Je suis intègre quand j’affirme que j’ai pleine légitimité à exprimer mon opposition au mariage gay. Tout comme les parents hétéros refusent qu’un homo leur fasse des leçons d’éducation pour leurs enfants (souvent gâtés-pourris), un hétérosexuel n’a aucune légitimité à s’exprimer sur ma manière de voir les choses. Je suis dans une minorité, et la LGBT est dans l’ultra minorité. Les hétéros qui font la propagande de la théorie du genre sont eux dans une ultra-ultra-ultra majorité. Je ne cherche pas à être « respectable » mais juste qu’on me laisse tranquille et qu’on ne me condamne pas violemment. Quelle légitimité ont des politiciens à s’immiscer dans l’intimité d’une minorité sexuelle ? Quels intérêts défendent-ils pour en arriver là ?

Magie

Je comparerais les événements actuels à un rouleau compresseur qui écraserait les humains pour les ressusciter en zombies. De belles valeurs sont retournées sans aucun sentiment. Je revois ces enfants faire face aux chars qui avancent. J’aimerais pouvoir me regarder dans la glace, comme d’autres aimeraient pouvoir regarder leurs enfants dans les yeux, sans me sentir responsable ou coupable.

Alors si ce n’est pas trop tard, comment vaincre le Goliath ?

L’Histoire l’a prouvé, une victoire ne nécessite pas d’être en surnombre. L’essentiel, c’est d’être unis dans nos différences et avec un objectif commun. Pour ce qui nous concerne, il s’agit avant tout de rendre la dignité à la cause homosexuelle. Les homosexuels sont majoritairement respectueux des familles, respectueux de leur nation qui a fait de nombreux efforts pour les accepter. La République avait jusque-là réussi son travail d’intégration. Les politiciens ne sont pas des dieux, ils ne pourront pas refaire le monde à coup de baguette magique et de pots de peinture.

Respecter la spécificité homosexuelle

Être homosexuel n’est pas un cadeau mais une épreuve supplémentaire dans la vie déjà difficile. Je suis fermement convaincu que lorsqu’un homosexuel traverse et réussi ces épreuves, il a beaucoup de mérite, un mérite d’ordre spirituel. C’est pourquoi tant d’homos ont pu autant donner à l’humanité, dans les Arts et les Lettres, en des temps difficiles aussi.

Ne laissons pas des esprits humanistes extrémistes dissoudre la spécificité homosexuelle dans le moule d’un individu non identifiable et à géométrie variable, modèle quasi idéal de scientifiques et économistes dont la doctrine est en opposition totale avec l’équilibre  entre l’homme et la nature.

Tout comme l’enfant appartient à sa famille, l’homosexualité appartient à celui qui en assume les conséquences, et à lui seul. Ne lisez pas ces lignes en vain, écoutez votre bon sens, levez-vous et aux actes, adorables vilains petits canards d’un monde tenté par l’indifférenciation, c’est à dire, finalement, l’inexistence.

Franck,

Mars 2014.

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